Après Tout ça manque de proute, une adaptation scénique du roman Mailloux (2002) d’Hervé Bouchard, le Théâtre des Trompes entame une deuxième étape de création du Cycle de la Roche, qui porte sur l’œuvre de cet écrivain jonquiérois. Ce nouveau projet porte donc sur un autre texte de l’auteur : Le faux pas de l’actrice dans sa traîne (2016).


« C’est un drame en trois scènes avec deux chants en guise d’indications. Ça se passe au théâtre. »


Il s’agit d’abord, en apparence, d’une réponse à l’absence mise en scène de Parents et amis sont invités à y assister (2006) — « drame en quatre tableaux avec six récits au centre » qui pose, pour le milieu théâtral, des contraintes qui le rendent difficile, voire impossible à produire (avec sa quarantaine de
personnages) et à diffuser (avec ses six à sept heures de texte). On peut aussi y lire une critique des dynamiques de pouvoir au sein du milieu théâtral — cette réflexion se fait d’autant plus nécessaire que la sphère culturelle est traversée par une vague de dénonciations des pratiques violentes qui la structure.
Dans Le faux pas, le directeur (Maxime Brillon) est à la recherche d’une personne qui pourrait jouer la veuve Manchée qui se trouve au centre de Parents et amis, rôle qu’il tend comme une piège à l’actrice (Geneviève Labelle) pour l’humilier. Il serait donc superficiel de lire Le faux pas comme une clé permettant la mise en scène de Parents et amis. Le premier drame ne s’inscrit dans le second que comme prétexte pour questionner activement et ouvertement le théâtre et son processus. En travaillant sur Le faux pas de l’actrice dans sa traîne, le Théâtre des Trompes entend explorer les rapports de pouvoir sous-tendus dans les contextes de création en arts vivants (direction/interprétation, réception/interprétation, direction/réception, etc.).


Enfin, comme ce projet s’inscrit dans le Cycle de Roche, il s’agit pour les Trompes de mettre en jeu ce qu’Hervé Bouchard pose, dans ses textes, comme problème d’inadéquation entre les mots, le corps, la représentation et le réel.

La résidence permettra au Théâtre des Trompes de travailler, au besoin, à l’adaptation du texte Le faux pas de l’actrice dans sa traîne (2016). Ce sera également et surtout l’occasion d’explorer la mise en jeu de la performance des interprètes, puis de faire des essais techniques et scénographiques (aux niveaux de la conception lumière et de la conception vidéo) selon les pratiques d’échanges médiatiques entre le cinéma et le théâtre que préconisent les Trompes. Enfin, la compagnie consacrera du temps aux nécessaires réflexions sur les enjeux de relation de pouvoir dans l’espace théâtral.


Pour poursuivre le Cycle de la Roche et le travail créatif autour des œuvres d’Hervé Bouchard, le Théâtre des Trompes entendent se pencher, pour la durée de cette résidence au Théâtre Aux Écuries, sur le texte Le faux pas de l’actrice dans sa traîne (2016). Il y a, dans cette pièce, une mise en abîme, soit la présence d’une autre pièce de Bouchard, Parents et amis sont invités à y assister (2006). Ce dialogue entre les œuvres s’inscrit dans une réflexion sur le processus créatif précédant la représentation théâtrale, avec des scènes autour du travail scénographique, de l’audition et de la répétition. Ainsi, la plupart des axes de travail de la résidence, comme pré-production, prendront une dimension métathéâtrale. En s’imprégnant des rôles de l’actrice et du directeur, les interprètes Geneviève Labelle et Maxime Brillon travailleront le texte afin de questionner, jusque dans le réel, les relations de pouvoir qui structurent la création en arts vivants (et particulièrement les principes de la répétition, de l’exactitude et de la présence — scénique et vidéo). De cette façon, « on l’entend[ra], cette parole, déborder du théâtre et se mêler à la vie. »

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Texte : Le faux pas de l’actrice dans sa traîne, Hervé Bouchard
Production : Théâtre des Trompes
Mise en scène : Charlotte Gagné-Dumais
Assistance mise en scène : Charlotte Moffet
Conception artistique : Claire Seller (Conception lumières), Charlotte Moffet (Conseil dramaturgique), Antoine Amnotte-Dupuis (Conception vidéo)
Distribution : Maxime Brillon, Geneviève Labelle
Direction de production : Laurence Clavet

 

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LE THÉÂTRE DES TROMPES

Fondée en 2015 par Laurence Clavet et Charlotte Gagné-Dumais, la compagnie de création se dote d’ores et déjà d’un mandat féministe, une valeur fondamentale à sa démarche. Le Théâtre des Trompes s’engage alors à créer, produire et diffuser des spectacles de théâtre non seulement féministe (dans le choix des matériaux travaillés et la composition des équipes), mais également novateur. La démarche du Théâtre des Trompes se pense à travers le concept de l’hybridité — entre les médias ; entre la présence scénique et filmique de l’interprète; entre l’intellectualisation et l’instinct ; entre la théorie et la pratique ; entre le théâtre et la performance. La compagnie propose ainsi un travail, plus qu’interdisciplinaire, intermédial, soit l’exploration des effets que les médias peuvent produire les uns sur les autres. Cette recherche d’un théâtre capable de fédérer les autres arts à sa médiation tient du parcours hors norme des personnes qui composent actuellement la compagnie (Antoine Amnotte-Dupuis, Charlotte Moffet), et qui sont issues des milieux universitaire et/ou cinématographique et/ou littéraire. Les créations scéniques du Théâtre des Trompes sont nourries à même un champ de compétences variés : conception sonore, cinéma expérimental, prise de vue, montage, direction du jeu d’acteur, création et accompagnement littéraire, etc.

En résulte un dialogue entre les artistes et les personnes qui réfléchissent l’art. Les Trompes arriment de cette façon à leur parcours artistique une démarche en recherche-création, dans l’idée faire contribuer les échanges entre la théorie et la pratique à la définition d’objectifs esthétiques en constante évolution. Le travail de l’audiovisuel devient alors un outil pour comprendre comment les différents codes peuvent soutenir la création intermédiale, et, par ces interactions, mettre en place une approche novatrice du spectacle. L’angle vidéoscénique qu’adopte le Théâtre des Trompes pour envisager la présence des médias sur la scène témoigne d’un héritage doublement inspiré des traditions du cinéma et du théâtre. L’écriture médiaturgique, et plus particulièrement la question de la co-présence des interprètes, à la fois sur scène et à l’écran, sont centrales à la démarche des Trompes, qui croient fermement qu’un terreau fertile de réflexion et de création repose dans cet espace tiers entre présence immédiate et présence médiatisée. Jusqu’à présent, le Théâtre des Trompes a créé les spectacles Détrompe-toi (2016), Poupées de Chiffon (2016) Persona (2017), REP (2018) et Cabaret Neiges noires (2019). Enfin, Tout ça manque de proute (2020, report pandémique) était la première étape d’un cycle de travail sur l’œuvre de l’auteur Hervé Bouchard qui se poursuit grâce au Théâtre Aux Écuries.